Ecoute petit-e employé-e …

 

Comme un parfum d’un ouvrage de Wilhem Reich, ‘Ecoute petit homme‘ (Payot).

Finalement ce texte relativement court se lie d’amitié avec Emile Zola et son < J’accuse >. Reich aussi accuse, épris de sa passion de vouloir comprendre et expliquer aux hommes leur folie générale et leur ignorance profonde. Edulcorer ce flot de mots n’est pas chose facile. Le tri s’opère, mettons le filtre en place. Alors on peut y déceler certains liens, le pouvoir, la vérité, et une soif de liberté.

Reich fait un constat très sévère, cinglant. Et il apporte des solutions, la lecture de son oeuvre ouvre les yeux sur l’état du monde, une diatribe sans concessions.

Et le lien se fait aussi naturellement avec le monde des organisations, des entreprises, ces ruches qui nous enferment trop souvent dans des modèles obsolètes, étouffants. Ces boites qui font partie d’une série de boîtes qui nous entourent, Ricardo Semler les énumère longuement dans ses interventions. Le matin, nous nous levons pour prendre une boîte (voiture) et atteindre le lieu de travail (bâtiment en forme de boîte), on prend l’ascenseur (revoilà la boîte) et nous prenons place dans un bureau (tiens, une boîte), puis le soir le chemin inverse se profile. Boîtes omniprésentes, boîtes impitoyables, boîtes si peu bienveillantes.

Cette notion d’enfermement, Reich la pousse très loin et il exhorte le ‘petit homme’ à réagir, à se rendre compte et à devenir acteur de sa vie.

‘Outside the box thinking’, ce concept très en vogue, en tant qu’employé vous devriez déplier vos ailes, sortir de votre ‘zone de confort’ et changer. ‘Réfléchir en dehors de la boîte’ serait une piètre traduction. Et pourtant la boîte fait là aussi son apparition. Avec ses angles et ses lignes droites, c’est une figure géométrique rigide, à la base d’un fonctionnement ankylosé des entreprises.

Nous pourrions lui préférer un cercle, le mouvement perpétuel, une approche plus orientale.

Difficile de quitter sa zone de confort dans une boîte. Difficile de quitter ses bases, ces bases qui ont été imposées au début du 20° siècle, le modèle de Taylor qui triomphe, l’échine qui se courbe et le manager qui s’invente et se réalise. Difficile de s’engager en tant qu’employé dans ces conditions, de prendre du plaisir.

Comme une tentation de rebondir et d’en appeler à nouveau à Reich, un écrit pourrait voir le jour intitulé ‘Ecoute petit manager’, pour sonner le réveil des petits chefs, poussés dans un rôle qui est encore présenté aujourd’hui comme une forme d’aboutissement professionnel. Devenir manager, chef, responsable, c’est acquérir du pouvoir, avec les dérives possibles que nous connaissons que trop bien.

Acquérir et maîtriser le savoir-faire équivaut à une promotion. Une position enviée ensuite, une étape illusoire de plus vers le sommet du rocher. Et le savoir-être, le savoir-être-avec-l’autre, on en fait quoi. Avouez que c’est hilarant de constater l’inutilité de certaines fonctions dans l’entreprise, le remplissage des cases (boîtes !) dans l’organigramme tendant à rassurer les habitants des couches supérieures de l’hiërarchie. Plus de ‘trous’ dans l’organigramme.

Alors oui, écoute petit manager, toi qui te trouve dans une position délicate, pris en tenaille en permanence. Ecoute, je te souhaite une entreprise circulaire, bienveillante et humaine, réellement inspirante pour chaque partie prenante de son univers. Sortir de ta zone d’inconfort avec la bienveillance nécessaire.

Je te souhaite aussi et surtout de pouvoir réinventer ton rôle dans le grand cirque professionnel. D’apporter de l’eau et d’obtenir la modestie comme moteur de ton fonctionnement. De laisser les autres sous les feux de la rampe. De prendre ta responsabilité et d’assumer l’échec quand il pointe son nez. Et de résister aux tensions qui te rongent, de résister au burn-out qui se cache à chaque coin de ton organisation, de résister aux ambitions pathologiques, des esprits malveillants.

Et puis laissons Reich nous inspirer une dernière fois ici : écoute petit directeur, écoute petit ceo, écoute petit responsable. Les richesses humaines, cesse de les épingler comme des papillons d’une collection morbide. L’exemplarité est de mise, et dans un environnement bienveillant. Et tu n’y arriveras pas si tu oublies l’introspection, la découverte de soi, le ‘travail’ sur soi. Et si l’entreprise se mettait à écouter son éco-système ? Chacun(e) acteur, employé-e, manager, ceo.

Ecoute petit ceo, écoute et tu seras écouté.

Texte de Henri van de Kraats
Images © William Steig

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