Messi, l’échec et le fisc

En effleurant du regard les matches de la coupe du monde quelque chose se dégage. Assez nettement ma rétine s’imbibe de cette vision d’incapacité de certaines équipes à évoluer, à s’organiser.

Un exemple plus qu’éclatant s’articule autour de Lionel Messi, grand tricheur devant le fisc espagnol et accessoirement joueur de football.

Il apparaît assez clairement que Messi, sans une équipe qui le fait briller et fonctionner, devient l’ombre de lui-même sur les pelouses russes. Le collectif fait défaut et devient de facto une machine en panne. Messi ou pas Messi dans le dispositif.

Il ne brille que par la complémentarité des dix autres joueurs. Sinon il devient une pale copie du joueur éclatant du FC Barcelone.

Son absence d’exemplarité amplifie également l’échec colossal de l’équipe argentine.

Somme toute une belle leçon pour toute organisation. Le leader se doit d’être exemplaire. C’est lui qui est en première ligne pour assumer l’échec, et en dernière ligne en cas de succès de l’équipe.

Le succès c’est le collectif et pas le sien. Et inversement,  l’échec il doit se l’approprier, le réclamer. Qu’on se le dise.

Exemplarité et modestie, les nouveaux mantras de l’organisation.

Sois spontané !

Sois spontané, sois rentable, sois ponctuel, sois efficace, et surtout, sois innovateur ?

Aujourd’hui plus que jamais la flexibilité est le graal des organisations et de leur réussite. Nous dit-on. Sois souple, cesse de croire aux carrières qui se déplient une fois pour toutes, surtout celles qui se passeraient au sein de la même entreprise, de la même entité. Oublie, c’est terminé, rien à voir, circule.

(c) Bruce Bickford
Mais change !

Ecoute, tu n’as donc pas compris les enjeux qui se trouvent à tes pieds, toi qui porte le regard au loin ? ‘Le changement c’est maintenant’ et ‘yes we can’.

La technologie s’enroule autour de nos métiers tel l’anaconda qui cherche à étouffer sa proie. Pour survivre à l’assaut il conviendrait de changer les  croyances profondes qui sommeillent en nous, celles qu’il va falloir assassiner sur le champ. Et on deviendrait alors son propre libérateur via ce meurtre symbolique.

Cessons, cessons cette folie qui pousse vers une schizophrénie professionnelle et au-delà vers une remise en question brutale du modèle imposé jusque là.

La perception humaine de ces changements sauvages est forcément émotionnelle.

Devenir l’apôtre et rejoindre le fanclub du numérique n’est pas donné à tout le monde, et c’est probablement tant mieux pour la survie de chacun.

Les changements agressifs en cours dans le monde du travail ne peuvent se résumer à tel ou tel projet de transformation, qu’il soit digital ou pas.

Imposer des nouveaux codes incompréhensibles par la majorité des acteurs ne peut que déboucher sur des noeuds dans l’organisation.

Et comme le souligne Paul Watzlawick, ‘on ne peut pas ne pas communiquer’. Alors attention à l’intégrité humaine des démarches de transformation.

Créer des paradoxes pousse le collectif vers la paralysie contagieuse. Celle qui s’exprime par ‘sois spontané’ est éclatante et exemplaire. On te demande d’être spontané et on t’en empêche en te le demandant.  Et le burn-out pointe le bout de son nez, avec la pyramide qui résiste toujours et encore.

Enchainons avec ‘sois innovatif’. Lancer cette phrase la tue dans l’oeuf, cette innovation sacrée. Manions avec prudence l’humain dans nos entreprises, l’homme (Mensch en allemand) est fragile et capable de produire des joyaux.

Faut-il encore s’y attendre un minimum et apprendre à le connaître. Et lui rendre ses lettres de noblesse. Il en déborde. Revenons à la raison.

Ces quelques enseignements se nourrissent de mon expérience en tant qu’être humain et accessoirement comme porteur d’eau dans les entreprises.

 

 

 

Ecoute petit-e employé-e …

 

Comme un parfum d’un ouvrage de Wilhem Reich, ‘Ecoute petit homme‘ (Payot).

Finalement ce texte relativement court se lie d’amitié avec Emile Zola et son < J’accuse >. Reich aussi accuse, épris de sa passion de vouloir comprendre et expliquer aux hommes leur folie générale et leur ignorance profonde. Edulcorer ce flot de mots n’est pas chose facile. Le tri s’opère, mettons le filtre en place. Alors on peut y déceler certains liens, le pouvoir, la vérité, et une soif de liberté.

Reich fait un constat très sévère, cinglant. Et il apporte des solutions, la lecture de son oeuvre ouvre les yeux sur l’état du monde, une diatribe sans concessions.

Et le lien se fait aussi naturellement avec le monde des organisations, des entreprises, ces ruches qui nous enferment trop souvent dans des modèles obsolètes, étouffants. Ces boites qui font partie d’une série de boîtes qui nous entourent, Ricardo Semler les énumère longuement dans ses interventions. Le matin, nous nous levons pour prendre une boîte (voiture) et atteindre le lieu de travail (bâtiment en forme de boîte), on prend l’ascenseur (revoilà la boîte) et nous prenons place dans un bureau (tiens, une boîte), puis le soir le chemin inverse se profile. Boîtes omniprésentes, boîtes impitoyables, boîtes si peu bienveillantes.

Cette notion d’enfermement, Reich la pousse très loin et il exhorte le ‘petit homme’ à réagir, à se rendre compte et à devenir acteur de sa vie.

‘Outside the box thinking’, ce concept très en vogue, en tant qu’employé vous devriez déplier vos ailes, sortir de votre ‘zone de confort’ et changer. ‘Réfléchir en dehors de la boîte’ serait une piètre traduction. Et pourtant la boîte fait là aussi son apparition. Avec ses angles et ses lignes droites, c’est une figure géométrique rigide, à la base d’un fonctionnement ankylosé des entreprises.

Nous pourrions lui préférer un cercle, le mouvement perpétuel, une approche plus orientale.

Difficile de quitter sa zone de confort dans une boîte. Difficile de quitter ses bases, ces bases qui ont été imposées au début du 20° siècle, le modèle de Taylor qui triomphe, l’échine qui se courbe et le manager qui s’invente et se réalise. Difficile de s’engager en tant qu’employé dans ces conditions, de prendre du plaisir.

Comme une tentation de rebondir et d’en appeler à nouveau à Reich, un écrit pourrait voir le jour intitulé ‘Ecoute petit manager’, pour sonner le réveil des petits chefs, poussés dans un rôle qui est encore présenté aujourd’hui comme une forme d’aboutissement professionnel. Devenir manager, chef, responsable, c’est acquérir du pouvoir, avec les dérives possibles que nous connaissons que trop bien.

Acquérir et maîtriser le savoir-faire équivaut à une promotion. Une position enviée ensuite, une étape illusoire de plus vers le sommet du rocher. Et le savoir-être, le savoir-être-avec-l’autre, on en fait quoi. Avouez que c’est hilarant de constater l’inutilité de certaines fonctions dans l’entreprise, le remplissage des cases (boîtes !) dans l’organigramme tendant à rassurer les habitants des couches supérieures de l’hiërarchie. Plus de ‘trous’ dans l’organigramme.

Alors oui, écoute petit manager, toi qui te trouve dans une position délicate, pris en tenaille en permanence. Ecoute, je te souhaite une entreprise circulaire, bienveillante et humaine, réellement inspirante pour chaque partie prenante de son univers. Sortir de ta zone d’inconfort avec la bienveillance nécessaire.

Je te souhaite aussi et surtout de pouvoir réinventer ton rôle dans le grand cirque professionnel. D’apporter de l’eau et d’obtenir la modestie comme moteur de ton fonctionnement. De laisser les autres sous les feux de la rampe. De prendre ta responsabilité et d’assumer l’échec quand il pointe son nez. Et de résister aux tensions qui te rongent, de résister au burn-out qui se cache à chaque coin de ton organisation, de résister aux ambitions pathologiques, des esprits malveillants.

Et puis laissons Reich nous inspirer une dernière fois ici : écoute petit directeur, écoute petit ceo, écoute petit responsable. Les richesses humaines, cesse de les épingler comme des papillons d’une collection morbide. L’exemplarité est de mise, et dans un environnement bienveillant. Et tu n’y arriveras pas si tu oublies l’introspection, la découverte de soi, le ‘travail’ sur soi. Et si l’entreprise se mettait à écouter son éco-système ? Chacun(e) acteur, employé-e, manager, ceo.

Ecoute petit ceo, écoute et tu seras écouté.

Texte de Henri van de Kraats
Images © William Steig

Le passe-plat digital et Mélanie de Biasio

La bascule digitale, une jolie opportunité d’instaurer un passe-plat vers une transparence totale entre votre organisation et l’ensemble de ses parties prenantes. Employés, fournisseurs, clients. Avec comme cerise sur le gâteau la confiance, qui débouchera sur l’excellence en respectant le flow de chacun-e. Ce flow que Mélanie de Biasio, chanteuse belge étincelante, instaure à chaque concert, les émotions fusent et les larmes ne sont jamais loin. Une oeuvre collective en constant mouvement.  Belle inspiration. https://lnkd.in/ejcCbsU

Le visage humain du numérique ?

Alors vous dites que la technologie n’est décidément pas l’ami(e) de l’homme. Qu’elle va réduire des hordes de travailleurs à l’état de zombie, qu’elle va prendre notre place, nos métiers. Qu’elle permet de torpiller des pans entiers de l’économie via des plateformes gérées depuis des continents lointains. Que les profits qui découlent de la technologie remplissent les poches d’une poignée de milliardaires de la Silicon Valley. Que la technologie nous empêche de nous parler, de nous sentir, de nous contacter. Que les contacts sociaux foutent le camp. Que tout fout le camp devant ce raz-de-marée venu d’ailleurs. Que l’on aura même plus le plaisir de conduire sa voiture, qu’elle sera conduite par cette satanée technologie. Et que tout ceci, ce n’est que le début d’un tsunami qui écrasera tout lors de son passage. Que les robots prendront le pouvoir. Que les humanoïdes feront qu’une bouchée de notre civilisation. Que …

Ces phrases qui volent et tancent l’espace social, on les croise à la boulangerie, au supermarché, dans la rue, à l’arrêt de bus. Elles traduisent la peur de l’inconnu et du gouffre béant qui s’ouvre devant nous. Et ne pas savoir ne fait qu’accentuer ces craintes. Tout cela obéit à une logique trop connue. Sans information nous ne pouvons pas prendre notre destin en main, aucune espace pour une responsabilité quelconque.

Revenons un instant vers cette nécessité de transparence et d’information. Le besoin de savoir, de comprendre. Ce n’est qu’à travers ce chemin que nous sommes en situation de pouvoir démystifier.

Permettez-moi de vous présenter mon conte de fée numérique, rien que ça. Il était une fois un livre blanc, création d’un éminence grise du digital, j’ai nommé Alban Jarry. Ce livre blanc regroupe des contributions de 612 personnes à propos des réseaux sociaux, l’expérience et les pratiques. Je fais partie des heureux élus qui ont été sollicités pour rédiger un texte, je recommande la lecture fortement d’ailleurs, spread the word, c’est offert et ça se trouve ici.

Et en quoi la magie a sa place dans cette aventure ?

Tout d’abord parce que ces textes compilés constituent une grande richesse quant à l’analyse des réseaux, notamment à propos de Twitter et LinkedIn, endroits acclamés par la majorité des auteurs, et de leur utilisation professionnelle.

Ensuite la magie s’est opérée surtout en aval de l’initiative, dans la marge. Fusion d’échanges entre les contributeurs, feu d’artifice de réactions, découvertes en pagaille.

En un rien de temps un endroit que j’ai baptisé « l’anti-chambre » de Twitter, se crée et s’anime. Et me voilà entouré en quelques instants d’une telle quantité d’expertise et d’information que j’en suis resté stupéfait. Une joyeuse bande d’ami-e-s, fusion et co-working, on se retrouve pendant et après les heures de travail.

Marketing, communication, intelligence artificielle, robotique, management, bots, n’en jetez plus. La générosité qui est de mise laisse perplexe et crée des liens instantanés.

Me voilà au milieu d’une toile nouvelle, où chacun apporte, invente, soutient l’autre. Givers and not takers. On parle aussi Ruinart, Westfleteren, et Marius, un Golden Retriever, devenu une mascotte spontanée, crêpes, remèdes contre la grippe …

Puis la lecture et l’écriture dans ce cercle deviennent quotidiennes. Furieuse envie de produire. Des blogs se lancent, des textes évoluent et s’échangent. En provenance d’acteurs en passe de devenir des amis, lointains ou proches. Que l’on peut rencontrer au détour d’un café à la Gare du Nord, à Madeleine, à Toulouse, Lyon, Marseille. Je pense soudainement à Wim Wenders, immense réalisateur, et son film intitulé ‘Close, so far away’. Et son inverse devient vrai : ‘Far away, so close’.

Formidable essor #612rencontres. Des constructions se font. Des nouvelles initiatives. De la richesse intellectuelle, de la valeur ajoutée, et de la chaleur ajoutée, de la solidarité.

Je suis réellement émerveillé et impressionné par la force de frappe digitale de cet îlot créatif.

Il y a quelques années j’ai reçu une demande de participation à une exposition photo au musée ‘De Kunsthal’ à Rotterdam. Ma passion modeste épinglée sur les murs de ce temple de l’art contemporain, un cliché pioché dans le hasard du quotidien. (voir illustration ci-dessus) Une banalité digitalisée. Là aussi, les réseaux ont foisonné et fonctionné. Ils rapprochent l’humain, quoi qu’on en dise. Et vous savez quoi ? Je n’étais pas peu fier quand j’ai visionné mon oeuvre IRL au musée 😉 Et merci à la merveilleuse app Hipstamatic.

Le digital, au cœur il y a l’humain, toujours et encore. Il faut débusquer, trier, patienter. C’est l’humain qui fait la technologie et non pas l’inverse. Parole de la team #612rencontres !

Henri van de Kraats